IA et suppression d'emplois : ce que les actualités révèlent

IA et suppression d’emplois : ce que les actualités révèlent

Ces derniers mois, les annonces de suppression d’emplois se sont accumulées dans la presse économique française. Groupe SEB, La Redoute, Nespresso… À chaque fois, les mêmes questions reviennent : cette suppression d’emplois est-elle la faute de l’intelligence artificielle ? L’IA est-elle en train de vider les entreprises de leurs salariés ?

La réalité est plus complexe que ce que les titres de presse laissent entendre. Dans cet article, je vous propose d’y regarder de plus près, en partant de cas concrets et en les mettant en perspective avec ce que disent les études sérieuses sur le sujet.

IA et suppression d'emplois : ce que les actualités révèlent

Fort d’une formation d’ingénieur en génie industriel, j’ai piloté des flux et des projets supply chain pendant plus de 5 ans dans plusieurs grands groupes industriels avant de devenir formateur en supply chain. Ce blog s’appuie sur mes recherches personnelles et sur ce que j’ai vécu ou observé sur le terrain. Ce n’est pas un contenu entièrement automatisé comme sur d’autres sites : vos réactions en commentaire sont les bienvenues. Rejoignez-moi sur LinkedIn.

Sommaire

Trois restructurations récentes, trois causes différentes

Pour répondre à la question, commençons par les faits. Trois grandes entreprises françaises ont annoncé des plans de réduction d’effectifs ces dernières semaines.

EntreprisePostes supprimésCause réelleRôle de l’IA
Groupe SEBJusqu’à 2 100 dans le monde, dont 500 en FranceRentabilité dégradée ; plan « Rebond », 200 M€ d’économies visées d’ici 2028Levier d’efficacité future, pas cause directe
La Redoute171, dont 138 en FranceCA en baisse de 20 % depuis 2022, pression de Temu et SheinOutil de personnalisation client, pas responsable des coupes
Nespresso FranceJusqu’à 178, à partir de 2027Centralisation à Paris, plan mondial Nestlé (16 000 suppressions)Non mentionnée dans les communiqués officiels

Ce constat mérite qu’on s’y arrête. Dans ces trois cas emblématiques, les causes réelles sont la pression concurrentielle, la baisse des marges, la concentration géographique des activités. L’IA n’est pas absente des discours des dirigeants, mais elle n’est pas le déclencheur des licenciements.

Ce que disent vraiment les études

Il serait naïf de conclure que l’IA ne change rien. Les grandes institutions qui ont étudié sérieusement le sujet livrent des chiffres qui donnent à réfléchir.

  • Goldman Sachs : 300 millions d’emplois potentiellement exposés à l’automatisation dans le monde, soit environ 25 % du marché du travail mondial (45 % des fonctions administratives en zone euro).
  • OCDE : jusqu’à 4 millions d’emplois menacés en France d’ici 2030.
  • McKinsey : jusqu’à 30 % des tâches actuelles pourraient être automatisées d’ici la fin de la décennie.

Pour les chiffres officiels sur l’emploi en France, les études de la DARES (ministère du Travail) font référence.

Ces chiffres font peur. Mais les mêmes études s’empressent d’apporter une nuance essentielle : ces projections mesurent un potentiel technique d’automatisation des tâches, pas une suppression mécanique des emplois. La majorité des professions exposées le sont sur une partie de leurs tâches, pas sur leur totalité. Goldman Sachs lui-même précise que la plupart des métiers sont davantage susceptibles d’être complétés par l’IA que remplacés par elle.

En France, le chiffre le plus parlant est peut-être celui-ci : plus de 166 000 offres d’emploi liées à l’IA ont été publiées en 2024. L’IA supprime des tâches. Elle crée aussi des métiers.

La vraie question : qui paie l’addition ?

Ce que les restructurations de SEB, La Redoute ou Nespresso illustrent, c’est une réalité plus ancienne que l’IA : les fonctions support sont les premières visées quand une entreprise doit réduire ses coûts. Finance, RH, marketing, logistique administrative. Ces métiers étaient déjà dans le viseur bien avant ChatGPT.

L’IA accélère ce mouvement, et c’est là que le débat doit se situer. Pas dans le fantasme d’un remplacement massif et soudain, mais dans une transformation progressive qui déplace la valeur des tâches d’exécution vers les tâches de jugement, de relation, de pilotage. Les métiers qui disparaissent ne sont pas forcément ceux qu’on croit. Et les métiers qui émergent ne sont pas encore dans les référentiels de formation.

C’est ce décalage, entre la vitesse de transformation des entreprises et la vitesse d’adaptation des compétences, qui représente le vrai risque. Pas l’IA en elle-même.

Ce que ça change pour les métiers de la logistique et de la supply chain

La question de la suppression des emplois liée à l’IA est souvent traitée de façon générale. Elle mérite pourtant d’être regardée de plus près pour les métiers de la supply chain et de la logistique, qui sont à la fois parmi les plus exposés aux transformations et parmi les plus susceptibles de bénéficier de l’IA comme outil de travail.

  • Les tâches les plus menacées sont les plus répétitives. La saisie de commandes, la mise à jour manuelle des stocks, la génération de rapports hebdomadaires, le traitement des factures fournisseurs : ces tâches représentent une part significative du quotidien des assistants logistiques et des opérateurs de saisie. Les ERP modernes les automatisent progressivement.
  • Les métiers de planification sont davantage complétés que remplacés. Un demand planner qui utilise un outil de prévision basé sur le machine learning ne perd pas son poste : il change de posture, passe moins de temps à construire des modèles Excel et plus de temps à interpréter les alertes, challenger les hypothèses et communiquer avec les équipes commerciales. Le supply planner qui pilote un MRP assisté par IA doit comprendre les sorties de l’algorithme, pas les reproduire manuellement : c’est une montée en compétences, pas une mise au placard.
  • Les métiers opérationnels en entrepôt évoluent plus lentement qu’on ne le croit. La robotisation des entrepôts est réelle, mais elle se déploie à des rythmes très inégaux selon la taille des entreprises et les types de flux. Pour la majorité des entrepôts français (PME, plateformes régionales, logistique du frais), l’automatisation complète reste un horizon lointain. Le magasinier, le préparateur de commandes, le coordinateur de quai conservent une forte valeur opérationnelle à court et moyen terme.
  • Ce qui change vraiment, c’est le niveau d’exigence. Maîtriser Excel ne suffit plus : on attend du planificateur qu’il sache lire un dashboard Power BI, comprendre les paramètres d’un outil de prévision, poser les bonnes questions à un système de recommandation. Ce n’est pas de la programmation, mais une forme de littératie technologique qui devient un prérequis.

Que faire si vous travaillez en supply chain ?

La réponse honnête est : ça dépend moins de ce que l’IA peut faire que de ce que vous faites avec votre temps. Si votre valeur repose principalement sur des tâches répétitives et formalisables, cette partie de votre poste est à risque à moyen terme. Pas parce que l’IA va vous remplacer d’un coup, mais parce que les entreprises vont progressivement réduire les effectifs dédiés à ces tâches.

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Si en revanche votre valeur repose sur la résolution de problèmes complexes, la gestion des relations fournisseurs, la coordination en situation de crise ou le pilotage d’indicateurs en contexte incertain, vous êtes dans une zone bien plus protégée. Ce sont précisément ces compétences que l’IA ne peut pas reproduire à ce stade.

Les actions qui font la différence : apprendre à utiliser l’IA comme outil de travail, développer des compétences d’analyse sur les outputs automatisés, et renforcer les compétences relationnelles. Si vous voulez des pistes concrètes, consultez notre article sur comment l’IA peut vous aider à développer vos compétences en logistique.

Ce qu’il faut retenir sur l’IA et la suppression d’emplois

L’IA ne supprime pas massivement des emplois, du moins pas encore, et pas de la façon dont les titres anxiogènes le suggèrent. Ce qui est en train de se passer est plus structurel : les entreprises restructurent pour rester compétitives, et l’IA leur donne des arguments supplémentaires pour concentrer certaines fonctions ou automatiser certaines tâches.

La bonne question n’est donc pas « l’IA va-t-elle tuer mon emploi ? » mais « quelles compétences me permettront de rester utile dans un environnement où l’IA fait partie de l’équipe ? ». C’est cette question-là que les salariés, les managers et les responsables formation devraient se poser dès maintenant.

Un dernier point souvent oublié dans ce débat : les entreprises qui intègrent l’IA dans leurs processus ne le font pas pour licencier, elles le font pour rester compétitives dans un environnement où leurs concurrents font la même chose. Comprendre cette dynamique, c’est cesser d’attendre que la transformation arrive et commencer à se positionner du bon côté de la vague.

Sources : Goldman Sachs, McKinsey, OCDE, PwC AI Jobs Barometer, France 3 Hauts-de-France, Le Journal des Entreprises, CNews.

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Valentin Pierre, ingénieur génie industriel spécialisé en logistiqueEn ligne et disponible

Valentin PIERRE

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Passionné par le monde de la logistique et du transport, je donne des cours en gestion de production pour les étudiants et pour les personnes en reconversion professionnelle.

Formation : Ingénieur génie industriel (UTT)

Poste : +5 ans d'expérience en Supply Chain dans de grands groupes internationaux

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