Incoterms : le guide complet pour bien les utiliserIncoterms : le guide complet pour bien les utiliser

Incoterms : le guide complet pour bien les utiliser

EXW, FOB, CIF, DDP : ces abréviations reviennent dans tous les contrats de vente internationale, mais restent mal comprises par beaucoup de professionnels. Un mauvais choix d’Incoterm peut générer des litiges coûteux, une mauvaise répartition des risques ou une surprise fiscale à l’importation.

Les Incoterms (International Commercial Terms) sont des règles publiées par la Chambre de Commerce Internationale (CCI) qui définissent précisément, pour chaque transaction commerciale internationale, qui organise le transport, qui le paie, et à quel moment le risque passe du vendeur à l’acheteur.

Ce guide pratique vous explique les 11 Incoterms, leurs différences, et comment choisir le bon selon votre situation.

Ingénieur de formation, spécialisé en génie industriel, j’ai piloté des flux et des projets supply chain pendant plus de cinq ans dans différents grands groupes du secteur avant de devenir formateur en supply chain. Ce guide vient de ce que j’ai vécu sur le terrain, pas d’une synthèse théorique. Rejoignez-moi sur LinkedIn.

Sommaire

Qu’est-ce qu’un Incoterm ?

Définition et rôle dans le commerce international

Les Incoterms sont des règles commerciales internationales publiées par la Chambre de Commerce Internationale (CCI) depuis 1936. La version actuellement en vigueur comporte 11 règles. Elles sont reconnues et utilisées dans le monde entier, même si leur application résulte d’un accord contractuel entre les parties et non d’une obligation légale.

Chaque Incoterm précise trois éléments fondamentaux pour une transaction commerciale internationale :

  • La répartition des coûts : qui paie le transport principal, l’assurance, les frais portuaires, le dédouanement ?
  • Le transfert des risques : à quel moment et à quel endroit le risque de perte ou de dommage passe du vendeur à l’acheteur ?
  • Les obligations documentaires : qui fournit les documents de transport, les certificats d’origine, les licences ?

Ce que les Incoterms ne couvrent pas

Les Incoterms ne règlent pas tout. Ils ne définissent pas le prix de la marchandise, les conditions de paiement, le transfert de propriété (qui peut différer du transfert de risque), ni les recours en cas de litige contractuel. Ces éléments doivent être traités séparément dans le contrat de vente.

Il ne faut pas confondre non plus les Incoterms avec les documents de transport (connaissement, CMR, lettre de transport aérien) ou avec les règles douanières, qui obéissent à leurs propres réglementations.

Les 11 Incoterms expliqués

Les 11 Incoterms sont répartis en deux groupes : 7 règles utilisables pour tous modes de transport, et 4 règles réservées au transport maritime et fluvial.

Groupe E : départ

EXW (Ex Works) : départ usine. Le vendeur met la marchandise à disposition dans ses locaux (usine, entrepôt).

L’acheteur prend en charge l’intégralité du transport, du chargement chez le vendeur jusqu’à la livraison finale, y compris le dédouanement à l’export. C’est l’Incoterm le plus favorable au vendeur, et le plus contraignant pour l’acheteur. Il est souvent mal utilisé car il impose à l’acheteur étranger de gérer le dédouanement dans le pays du vendeur, ce qui est pratiquement difficile.

Groupe F : transport principal non payé par le vendeur

FCA (Free Carrier) : franco transporteur. Le vendeur remet la marchandise au transporteur désigné par l’acheteur, au lieu convenu.

Il gère le dédouanement à l’export. Le risque passe à l’acheteur dès la remise au transporteur. FCA est l’Incoterm recommandé pour remplacer FOB dans le cas des conteneurs maritimes (voir erreurs classiques).

FAS (Free Alongside Ship) : franco le long du navire. Le vendeur livre la marchandise le long du navire au port d’embarquement convenu.

L’acheteur supporte les frais et risques de chargement à bord et de transport. Réservé au maritime et fluvial, utilisé principalement pour les vracs et marchandises hors conteneur.

FOB (Free On Board) : franco à bord. Le vendeur prend en charge le transport jusqu’au chargement à bord du navire au port d’embarquement, y compris le dédouanement à l’export.

Le risque passe à l’acheteur dès que la marchandise est à bord. Réservé au maritime et fluvial. Très répandu mais souvent mal appliqué avec les conteneurs.

Groupe C : transport principal payé par le vendeur

CFR (Cost and Freight) : coût et fret. Le vendeur paie le fret maritime jusqu’au port de destination.

Mais le risque passe à l’acheteur dès le chargement à bord au port d’embarquement. Réservé au maritime et fluvial.

CIF (Cost, Insurance and Freight) : coût, assurance et fret. Identique au CFR, mais le vendeur souscrit en plus une assurance maritime minimale au profit de l’acheteur.

Attention : le transfert de risque se fait aussi dès le chargement à bord, pas à l’arrivée. Réservé au maritime et fluvial. Très utilisé dans les échanges avec l’Asie.

CPT (Carriage Paid To) : port payé jusqu’à. Le vendeur paie le transport principal jusqu’au lieu de destination convenu, pour tous modes de transport. Le risque passe à l’acheteur lors de la remise au premier transporteur.

CIP (Carriage and Insurance Paid To) : port payé, assurance comprise, jusqu’à. Identique au CPT, avec en plus une assurance tous risques souscrite par le vendeur.

Dans les Incoterms, le niveau de couverture de l’assurance a été rehaussé pour CIP (clause A, tous risques) par rapport à CIF (clause C, risques limités).

Groupe D : livraison à destination

DAP (Delivered At Place) : rendu au lieu de destination. Le vendeur livre la marchandise au lieu convenu dans le pays de l’acheteur, prête à être déchargée.

L’acheteur prend en charge le dédouanement à l’import et les droits de douane. Le risque passe à l’acheteur au moment de la mise à disposition.

DPU (Delivered at Place Unloaded) : rendu au lieu de destination déchargé. Nouveau nom de l’ancien DAT (Delivered At Terminal). Le vendeur prend en charge le déchargement à destination. Seul Incoterm où le vendeur est responsable du déchargement.

DDP (Delivered Duty Paid) : rendu droits acquittés. C’est l’Incoterm le plus complet pour l’acheteur : le vendeur prend en charge tout, y compris le dédouanement à l’import et les droits de douane dans le pays de l’acheteur.

L’acheteur n’a qu’à réceptionner la marchandise. C’est l’Incoterm le plus contraignant pour le vendeur, qui doit maîtriser la réglementation douanière du pays de destination.

Infographie des 11 Incoterms 2020 : répartition des coûts et transfert de risque entre vendeur et acheteur
Tableau visuel des 11 Incoterms 2020 : répartition des coûts (transport, assurance, douane) et point de transfert du risque entre vendeur et acheteur.

Tableau comparatif : qui paie quoi, où passe le risque

GroupeIncotermDédouanement exportTransport principalAssuranceDédouanement importTransfert de risque
EEXWAcheteurAcheteurAcheteurAcheteurLocaux du vendeur
FFCAVendeurAcheteurAcheteurAcheteurRemise au transporteur
FFASVendeurAcheteurAcheteurAcheteurLe long du navire
FFOBVendeurAcheteurAcheteurAcheteurÀ bord du navire
CCFRVendeurVendeurAcheteurAcheteurÀ bord du navire
CCIFVendeurVendeurVendeur (min.)AcheteurÀ bord du navire
CCPTVendeurVendeurAcheteurAcheteurRemise au transporteur
CCIPVendeurVendeurVendeur (tous risques)AcheteurRemise au transporteur
DDAPVendeurVendeurVendeurAcheteurLieu de destination
DDPUVendeurVendeurVendeurAcheteurLieu de destination (déchargé)
DDDPVendeurVendeurVendeurVendeurLieu de destination

Les erreurs classiques à éviter

FOB mal utilisé avec les conteneurs

C’est l’erreur la plus répandue. FOB prévoit que le risque passe à l’acheteur quand la marchandise est « à bord du navire ». Or, avec le transport conteneurisé, la marchandise est remise au terminal portuaire bien avant d’être chargée à bord, parfois plusieurs jours avant le départ.

Pendant ce laps de temps, ni le vendeur ni l’acheteur ne maîtrisent clairement le risque. La CCI recommande d’utiliser FCA avec une variante (FCA + port d’embarquement, avec demande de connaissement « on board ») pour les expéditions en conteneur.

EXW et les contraintes douanières à l’export

En EXW, l’acheteur est censé gérer le dédouanement à l’export dans le pays du vendeur. Or, un acheteur étranger n’est généralement pas établi dans ce pays et ne peut pas y effectuer de déclarations en douane directement.

En pratique, cela oblige à mandater un représentant en douane local, ce qui génère des coûts et des complications. FCA est souvent plus approprié lorsque le vendeur veut minimiser ses obligations tout en restant dans un cadre pratique.

DDP et la TVA à l’importation

En DDP, le vendeur doit acquitter les droits de douane et la TVA à l’import dans le pays de l’acheteur. Or, récupérer la TVA dans un pays étranger où le vendeur n’est pas assujetti est complexe, voire impossible dans certains cas.

Si l’acheteur peut récupérer cette TVA (ce qui est le cas de la plupart des entreprises), il est souvent préférable d’utiliser DAP, qui lui laisse la gestion du dédouanement et lui permet de récupérer la TVA directement.

Comment choisir le bon Incoterm ?

Le choix d’un Incoterm dépend de plusieurs facteurs : votre position dans la transaction (vendeur ou acheteur), votre maîtrise des opérations de transport et de douane, le mode de transport utilisé, et la relation commerciale avec votre partenaire.

  • Vous êtes vendeur et voulez minimiser vos obligations : EXW ou FCA. Attention aux pièges d’EXW en conteneur.
  • Vous êtes vendeur et voulez maîtriser le transport principal : CIF ou CIP pour inclure l’assurance, CFR ou CPT sans assurance.
  • Vous êtes acheteur et voulez tout maîtriser : EXW ou FCA, en mandatant votre propre transitaire.
  • Vous vendez à un particulier ou une petite entreprise sans capacité logistique : DAP ou DDP pour livrer sans que l’acheteur ait à gérer le transport.
  • Transport maritime en vrac ou hors conteneur : FOB, CIF, CFR restent adaptés.

Pour bien appliquer les Incoterms, il est aussi essentiel de maîtriser les règles douanières qui s’appliquent aux flux import/export, ainsi que les unités de chargement utilisées selon le mode de transport. Ces sujets sont développés dans les articles dédiés à la douane dans le transport international et aux unités de chargement. Pour une vue d’ensemble du secteur, consultez également le guide complet sur le transport de marchandises.

Conclusion

Les Incoterms sont un outil indispensable du commerce international, mais leur mauvaise utilisation est source de litiges et de coûts imprévus. Les points essentiels à retenir :

  • Les Incoterms sont au nombre de 11, répartis entre règles tous modes et règles maritimes
  • Ils définissent la répartition des coûts, le transfert de risque et les obligations documentaires, pas le transfert de propriété ni le prix
  • FOB est souvent mal utilisé avec les conteneurs : FCA est plus adapté
  • EXW impose à l’acheteur de gérer le dédouanement dans le pays du vendeur, ce qui est souvent impraticable
  • DDP est le plus confortable pour l’acheteur, mais impose au vendeur de maîtriser la douane à l’import dans le pays de destination

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FAQ

Les Incoterms sont-ils obligatoires dans les contrats internationaux ?

Non, les Incoterms ne sont pas imposés par la loi. Ils s’appliquent uniquement si les parties les mentionnent expressément dans leur contrat de vente (par exemple : « FOB Shanghai, Incoterms »).

En l’absence de référence explicite, c’est le droit applicable au contrat qui détermine la répartition des risques et des coûts.

Quelle est la différence entre CIF et CIP ?

CIF est réservé au transport maritime et fluvial, et prévoit une assurance minimale (clause C, risques limités). CIP s’applique à tous les modes de transport et, depuis les Incoterms, impose une assurance tous risques (clause A), bien plus protectrice.

Pour les expéditions en conteneur, CIP est donc préférable à CIF.

Qu’est-ce que le « lieu désigné » dans un Incoterm ?

Chaque Incoterm doit être complété par un lieu géographique précis qui détermine l’endroit exact où s’effectue le transfert de risque et/ou de coût.

Par exemple : « CIF Le Havre, Incoterms » ou « DAP entrepôt de l’acheteur, Lyon, Incoterms ». Plus le lieu est précis, moins il y a de risque de litige en cas de sinistre ou de contestation.

Les Incoterms s’appliquent-ils aux échanges intra-UE ?

Oui, les Incoterms peuvent être utilisés pour tout échange commercial, y compris entre pays de l’Union Européenne.

En intra-UE, il n’y a pas de dédouanement (marché unique), donc les clauses relatives à la douane ne s’appliquent pas, mais les Incoterms restent utiles pour fixer la répartition des coûts de transport et le transfert de risque entre vendeur et acheteur.

Peut-on négocier les Incoterms avec son fournisseur ou client ?

Oui, les Incoterms font partie intégrante de la négociation commerciale. Le choix de l’Incoterm influe directement sur le prix final : un vendeur qui propose un prix DDP assume plus de charges qu’un vendeur en EXW, ce qui se reflète dans le tarif.

Il est courant que l’Incoterm soit discuté au même titre que le prix, les délais ou les conditions de paiement.

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Valentin Pierre, ingénieur génie industriel spécialisé en logistiqueEn ligne et disponible

Valentin PIERRE

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Passionné par le monde de la logistique et du transport, je donne des cours en gestion de production pour les étudiants et pour les personnes en reconversion professionnelle.

Formation : Ingénieur génie industriel (UTT)

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