Ordinateur portable affichant un WMS sur un chariot de préparation, dans l'allée d'un entrepôt de PME

Du code à l’entrepôt : deux développeurs face au WMS

Des logisticiens qui changent de WMS, j’en ai croisé beaucoup. Des développeurs qui décident d’en construire un, beaucoup moins.

Du code à l'entrepôt : deux développeurs face au WMS

C’est ce qui m’a donné envie d’interviewer Youva Kadji et Bilal Itchir, deux développeurs full-stack tout juste sortis de leur master à l’ETNA. Ils se lancent dans la conception d’un WMS.

Leur logiciel sera dévoilé à son lancement.

Dans cette première interview, ils reviennent sur leurs parcours, sur ce qu’ils ont découvert en entrant dans un entrepôt et sur leur vision du marché. La seconde interview suivra au lancement, pour dévoiler le projet.

Deux amis de lycée, un master « full projet »

Youva et Bilal ne se sont pas rencontrés en cours. Pour Bilal, ils se connaissent « depuis bien avant, on est amis de longue date ».

Ils se retrouvent ensuite en master d’architecte système informatique à l’ETNA, une école où l’on apprend presque uniquement par projets.

C’est là qu’ils prennent l’habitude de travailler ensemble, jusqu’à leur projet de fin d’études : une plateforme tout-en-un pour aider les étudiants à s’organiser et à collaborer.

Tous deux ont aussi passé l’alternance en entreprise :

  • Youva a fait près de deux ans chez DataNow, puis une alternance chez Roadstr, une plateforme de location de voitures.
  • Bilal a fait un stage de trois mois chez DataNow, puis une alternance chez Roumane & Companies, une société de transformation numérique.

Ce que l’entreprise leur a appris

Pour Youva, DataNow a été un baptême du feu :

Youva Kadji : « C’était ma toute première expérience en équipe réduite, en start-up, il y avait beaucoup de mouvement, j’ai travaillé énormément donc il fallait apprendre sur le tas et délivrer rapidement. »

Chez Roadstr, il retient deux leçons qui comptent pour un futur logiciel d’entrepôt.

La première : écrire un code pensé pour les autres. « Quand un autre développeur passe derrière toi pour reprendre le projet, il faut qu’il tombe sur une base propre et facile à comprendre. »

La seconde : ne pas viser la perfection.

Youva Kadji : « En entreprise, l’objectif c’est d’avancer, de sortir un produit et de convertir. On n’est pas obligé de chercher la perfection à tout prix. Le principal, c’est d’avoir quelque chose de fonctionnel et de l’améliorer au fur et à mesure, parce que de toute façon, la perfection n’existe pas. »

Bilal, passionné d’informatique depuis plus de dix ans, a appris chez Roumane & Companies à entrer dans des projets lancés sans lui :

Bilal Itchir : « J’ai eu à m’adapter assez rapidement parce que ces projets-là existent déjà avant moi. »

Son patron, qui a lui-même fondé son entreprise pendant ses études à l’ETNA, lui a aussi montré ce qu’il faut faire, et ne pas faire, quand on crée une entreprise.

Sur sa façon d’apprendre, il est clair :

Bilal Itchir : « Moi, c’est surtout la pratique qui m’a fait apprendre le plus. »

L’IA va-t-elle remplacer les développeurs ?

J’ai posé la question à deux personnes qui codent tous les jours. Youva voit l’IA comme un accélérateur, pas comme un remplaçant :

Youva Kadji : « L’IA pour moi c’est un outil qui nous permet vraiment d’aller beaucoup plus vite, toute la partie réflexion, architecture, sécurité, etc., il faut toujours un humain derrière. »

Bilal est d’accord pour aujourd’hui, mais il nuance pour demain :

Bilal Itchir : « Peut-être que à force l’IA viendra remplacer les développeurs mais ça s’arrêtera pas qu’aux développeurs. »

Le déclic : un client qui trouvait les WMS « trop complets »

Le déclic vient d’un ami qui travaille avec une entreprise de transport et de logistique en pleine croissance. Elle cherchait un WMS et butait sur le même problème partout :

Youva Kadji : « Ils rencontraient un problème avec tous les WMS, c’était qu’ils étaient très complets, trop complets même pour leur utilisation. »

Trop de fonctionnalités, donc un prix élevé, pour un usage limité à quelques fonctions.

L’entreprise voulait aussi un outil qui lui appartienne, un argument qu’elle juge plus convaincant auprès de ses propres clients.

Youva et Bilal se documentent, préparent une maquette et la présentent. L’entreprise accepte de devenir leur client pilote.

Pour apprendre le métier, ils ont lu des articles en ligne, regardé des vidéos YouTube, puis visité l’entrepôt de ce client.

Ils veulent maintenant voir d’autres entrepôts, car pour Youva, chaque site a sa propre organisation, « même s’il y a des bases similaires mais chaque équipe est différente ».

Ce que le terrain leur a appris

Excel et le papier, encore et toujours

Leur plus grande surprise ne vient pas de la technique. Elle vient du niveau d’équipement :

Youva Kadji : « Moi, je pensais qu’ils avaient déjà leur outil ou autre. On se rend compte très facilement que beaucoup d’entrepôts sont encore un peu sur le papier ou sur Excel. »

Youva y voit un frein direct à la croissance :

Youva Kadji : « S’il y en a un qui ne prend pas de notes, la donnée se perd et donc même pour scaler c’est plus compliqué. » (scaler : faire grandir l’activité sans perdre en efficacité)

Autour de leur client, dans la même zone industrielle, le constat se répète :

Youva Kadji : « Ça marche assez bien mais niveau logistique c’est encore un peu la pagaille. »

Ce constat rejoint le mien.

Au fil de mon parcours en supply chain, j’ai souvent vu des outils d’entrepôt vieillissants, que seule une ou deux personnes savaient vraiment utiliser.

L’outil doit partir du terrain

Youva a aussi travaillé quelques heures par semaine dans l’entrepôt d’un grand distributeur. Avec son regard de développeur, il y a remarqué un décalage :

Youva Kadji : « Je dirais qu’il y a un manque de communication entre l’équipe technique et l’équipe logistique. »

Sa conclusion : « Il faut vraiment construire l’outil directement avec les utilisateurs finaux. Ce sont eux qui sont sur le terrain tous les jours et qui connaissent la vraie réalité du métier. »

Ce que les WMS font bien, et ce qui leur manque

Les deux développeurs ne prétendent pas réinventer la logistique. Sur la gestion d’entrepôt elle-même, Youva estime que les WMS actuels « sont très bien, ça marche très bien ».

Pour lui, le problème vient de l’offre : elle est pensée pour de grands entrepôts déjà structurés, et elle est trop chère pour une PME qui se lance.

Youva Kadji : « Payer un certain prix pour des fonctionnalités qu’on n’utilise pas, ça fait reculer. »

Leur cible de départ est donc claire : les PME, avec un outil dimensionné à leurs besoins réels.

Pour Youva, un bon WMS doit aussi être simple :

Youva Kadji : « Il ne faut pas qu’ils aient à être formés sur le logiciel pour pouvoir l’utiliser. »

Et il pose une règle qui devrait plaire à beaucoup de logisticiens :

Youva Kadji : « Il ne faut pas que ça soit pensé par un tech, pour un logisticien, parce que ça ne marchera pas. Il faut vraiment avoir des retours des logisticiens. »

L’IA dans un WMS : un usage prudent

Selon l’Insee, la logistique est le domaine où les entreprises françaises utilisent le moins l’intelligence artificielle (Insee Première n° 2061, Les TIC dans les entreprises en 2024).

Je m’attendais à ce que deux développeurs défendent l’IA. Ils se sont surtout montrés prudents.

Pour Youva, un WMS repose d’abord sur l’automatisation, et l’IA ne doit pas prendre de décision à la place des équipes :

Youva Kadji : « On ne peut pas laisser l’intelligence artificielle décider à la place de l’humain car elle n’est pas physiquement dans l’entrepôt. »

Bilal voit une place possible pour un assistant qui aide à prendre l’outil en main, mais il fixe une limite nette :

Bilal Itchir : « Ne jamais donner à l’IA la possibilité de faire des actions, notamment si c’est des actions qui nécessitent une personne, c’est ça qui peut avoir une grosse répercussion sur la logistique, par exemple annuler une commande. »

Selon eux, l’IA aura vraiment sa place dans des entrepôts robotisés, où elle pourra agir physiquement. Mais ils notent le coût de l’investissement, la consommation d’énergie et l’impact sur l’emploi.

J’ai partagé mon propre point de vue. Les chefs d’entreprise voient encore souvent la logistique comme une dépense contrainte, alors qu’une mauvaise logistique coûte cher : retards, ruptures, produits obsolètes qui s’abîment en stock.

La robotique progresse, mais la modernisation avance « à l’allure d’une tortue ».

Gagner la confiance des logisticiens

Un logisticien fait confiance à ce qui a fait ses preuves sur le terrain. Leur méthode : avancer client par client, en commençant par leur pilote.

Pour Youva, il faut montrer qu’on peut leur faire confiance « avec un vrai service après-vente, pas un logiciel qui crashe à tout moment ».

De mon côté, je leur ai conseillé de ne pas sous-estimer la mise en production sur le terrain et la formation des utilisateurs. Ce sont souvent les étapes qui réservent le plus de surprises.

Entreprendre en sortant de l’école

Ils ont monté le projet pendant leur dernière année, en parallèle de l’alternance. Leur méthode est simple : un emploi du temps fixe et un rendez-vous chaque soir vers 19 h.

Youva Kadji : « On se retrouve, on travaille deux petites heures et après on se laisse notre temps libre par la suite. »

Ce qui les attire dans l’entrepreneuriat, c’est la liberté et le fait de « se consacrer sur un projet qui compte pour nous ».

Depuis la fin de leurs études, ils y travaillent à plein temps, tout en cherchant un emploi en parallèle par sécurité.

La suite

Les prochaines étapes : finaliser l’outil, le tester « à fond » et le livrer à leur client pilote dans les prochaines semaines.

Viendront ensuite le suivi de ce premier client, puis l’ouverture à d’autres entreprises.

Le projet n’a pas encore de nom. Ils se sont concentrés sur le logiciel et sur leur premier client.

Leur message

J’ai demandé à Youva et Bilal quel message ils voulaient faire passer. Youva a répondu en parlant de leur passage de la tech à la logistique :

Youva Kadji : « Faut jamais attendre le bon moment, il n’y aura jamais de bon moment, il faut juste saisir l’opportunité et même si ça paraît compliqué ou autre. Comme une mission, quand elle est compliquée, si on la découpe, elle devient très facilement faisable. »

Vous pouvez les aider

Youva et Bilal cherchent surtout à découvrir d’autres entrepôts. Ils sont mobiles partout en France.

Vous êtes responsable d’entrepôt, logisticien ou chef d’équipe et vous êtes prêt à leur ouvrir vos portes ou à partager votre expérience ? Contactez-les sur LinkedIn :

Rendez-vous au lancement pour la seconde interview, et la découverte du projet.

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Valentin Pierre, ingénieur génie industriel spécialisé en logistiqueEn ligne et disponible

Valentin PIERRE

6 évaluations sur Superprof

J'écris ici ce que j'aurais voulu lire en début de carrière : les métiers, les outils et les méthodes de la supply chain tels qu'ils se pratiquent, pas tels qu'on les enseigne.

Formation : Ingénieur génie industriel (UTT)

Poste : +5 ans d'expérience en Supply Chain dans de grands groupes internationaux

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