Grève des dockers : ports à l'arrêt le 30 octobre, nouvel appel le 5 novembre

Grève des dockers : ports à l’arrêt le 30 octobre, nouvel appel le 5 novembre

Ce vendredi 30 octobre, la plupart des ports français sont à l’arrêt pour 24 heures. La Fédération nationale des ports et docks CGT appelle les dockers à la grève dans 24 ports, du Havre à Marseille-Fos en passant par Dunkerque, Rouen et Bordeaux, avec une consigne simple : aucun chargement, aucun déchargement.

Les dockers ont déjà annoncé qu’ils rejoindront la grève interprofessionnelle du 5 novembre. Voici pourquoi ils arrêtent le travail, et ce qu’une journée de port fermé déclenche dans la chaîne logistique, bien après la reprise.

Grève des dockers : les ports touchés le 30 octobre

« Les ports français vont être à l’arrêt à 95 % », a annoncé à l’AFP Tony Hautbois, secrétaire général de la CGT des dockers. Côté ports, le constat est le même : « la plupart des terminaux en France ne fonctionneront pas pendant 24 heures vendredi », a confirmé Jean-Frédéric Laurent, délégué général de l’Union des ports de France.

Le syndicat revendique 95 % de représentativité chez les dockers, ceux qui chargent et déchargent les navires, et 87,5 % dans l’ensemble de la manutention portuaire. L’appel concerne environ 14 000 travailleurs portuaires, dont 7 500 dockers.

Les ports cités dans l’appel : Dunkerque, Calais, Boulogne-sur-Mer, Le Havre, Rouen, Paris, Cherbourg, Saint-Malo, Roscoff, Brest, Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle, Bordeaux, Bayonne, Port-Vendres, Sète, Marseille, Fos-sur-Mer, Toulon, Nice, Bastia, Ajaccio et La Réunion.

À Fos, Christophe Claret, secrétaire général de la CGT des dockers du golfe de Fos, annonce « 100 % de grévistes » : terminaux à conteneurs, quais d’ArcelorMittal, terminal minéralier et terminal voitures à l’arrêt. Au Havre, « ce sera complètement à l’arrêt », selon Yann Mallet, de la CGT des dockers de Rouen.

Pourquoi les dockers font grève

Trois motifs se cumulent dans l’appel de la fédération.

  • La « militarisation » des ports. L’appel est d’abord européen, lancé par l’European Dockworkers Council. Les dockers d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne ou de Grèce sont appelés à s’y joindre. Il vise la feuille de route de la Commission européenne du 4 mars 2026 sur la mobilité militaire : adapter les quais, les accès et les terminaux civils pour faire transiter du matériel de défense lourd en cas de crise.
  • Le projet de budget du gouvernement Lecornu, dont certaines mesures « détruisent nos systèmes de solidarité », selon la fédération.
  • L’automatisation de la manutention, que la CGT accuse de déréglementer l’emploi portuaire.

Ce que 24 heures de port fermé bloquent

Une journée de grève, ce ne sont pas quelques navires en retard. Au premier semestre 2026, HAROPA (Le Havre, Rouen et Paris) a traité 1,64 million d’EVP, l’unité qui compte les conteneurs en équivalent vingt pieds, et Marseille-Fos 823 127. Rapporté aux 181 jours du semestre, cela fait en moyenne 9 000 EVP par jour sur l’axe Seine et 4 500 à Marseille-Fos.

C’est ce volume que les terminaux ne manutentionnent pas aujourd’hui. Pour un navire qui arrive, deux options : attendre au mouillage que le terminal reprenne, ou sauter l’escale et décharger dans un autre port, d’où la marchandise reviendra par camion, par train ou par un navire plus petit. Dans les deux cas, le conteneur arrive plus tard que prévu.

À l’export, le problème est symétrique. Un conteneur qui n’a pas été chargé rate son navire et part sur le suivant. Sur une ligne hebdomadaire, une journée de grève peut donc devenir une semaine de retard.

Grève des dockers : ports à l'arrêt le 30 octobre, nouvel appel le 5 novembre
Portiques immobiles, tracteurs portuaires garés : un terminal à l’arrêt ne manutentionne plus un seul conteneur, ni à l’import ni à l’export.

Surestaries, magasinage : qui paie le retard

Un conteneur débarqué dispose de quelques jours de franchise pour quitter le port. Passé ce délai, les frais commencent : le magasinage, facturé par le terminal pour l’espace occupé, et les surestaries, facturées par l’armateur tant que son conteneur n’est pas sorti. Une fois sorti, s’il n’est pas rendu vide à temps, ce sont des frais de détention.

Une journée de grève consomme une journée de franchise sans que l’importateur puisse enlever sa marchandise. Qui paie ? Cela dépend du contrat de transport et de l’incoterm de la vente : en général, la partie qui prend en charge la marchandise à l’arrivée. Une prolongation de franchise se négocie avec l’armateur ou le transitaire.

L’effet le plus visible arrive à la reprise. Les conteneurs débarqués avant la grève et ceux du jour même doivent sortir en même temps : les créneaux de rendez-vous des camions se remplissent, les navettes ferroviaires et fluviales se décalent, et les entrepôts de l’arrière-pays reçoivent en peu de temps des arrivages prévus sur plusieurs jours.

Pour un approvisionneur, c’est le moment de vérifier les dates d’arrivée de ses commandes en cours auprès du transitaire, et de prévenir ses clients avant qu’ils ne constatent le retard eux-mêmes.

Et le 5 novembre ?

Dans un communiqué du 28 octobre, la fédération annonce que les dockers se joignent à l’appel national à la grève du jeudi 5 novembre, lancé par la CGT et les grandes centrales syndicales du privé et du public. Les revendications changent : augmentation du Smic, hausses de salaires « et non des primes non cotisées », défense des services publics.

À la date de publication, la forme de l’arrêt dans les ports ce jour-là n’est pas précisée. Les 4 syndicats de cheminots (CGT, Unsa, SUD-Rail et CFDT) appellent eux aussi à la grève le 5 novembre : les navettes ferroviaires qui vident les terminaux pourraient être touchées le même jour.

Sources

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Valentin Pierre, ingénieur génie industriel spécialisé en logistiqueEn ligne et disponible

Valentin PIERRE

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J'écris ici ce que j'aurais voulu lire en début de carrière : les métiers, les outils et les méthodes de la supply chain tels qu'ils se pratiquent, pas tels qu'on les enseigne.

Formation : Ingénieur génie industriel (UTT)

Poste : +5 ans d'expérience en Supply Chain dans de grands groupes internationaux

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