L’OTRE, une des fédérations patronales du transport routier, appelle à une mobilisation à Paris à partir du 21 octobre 2026, avec la Fédération des autocaristes indépendants (FAI). En cause : la hausse du gazole et la sortie du transport routier de marchandises des aides au carburant.
Les relevés officiels des prix à la pompe permettent de mesurer cette hausse, mois par mois. Ils montrent aussi pourquoi le chiffre avancé par les transporteurs est plus élevé que celui que voit un automobiliste.
Ce que réclament les transporteurs
Le conseil d’administration de l’OTRE a acté le principe d’une mobilisation le 28 septembre. Trois jours plus tard, la fédération a annoncé la date et le lieu, avec 4 demandes :
- Une baisse du prix à la pompe.
- Une revalorisation immédiate des prix de transport.
- Le retour du secteur dans les aides au carburant.
- Une indexation gazole « unique et opposable » : les indices du Comité national routier (CNR) et leurs modalités de calcul deviendraient « la seule et unique référence ».
Le Gouvernement a justifié la sortie du transport routier des aides en estimant que les transporteurs pouvaient répercuter la hausse sur leurs clients. « Voilà quatre ans que l’on dit que cette répercussion est loin d’être intégrale », répond Jean-Marc Rivera, délégué général de l’OTRE, cité par L’Officiel des Transporteurs.
Le choix de Paris est assumé : la fédération veut s’adresser au Gouvernement et aux parlementaires, sans barrages en région. La FNTR, autre fédération du secteur, porte des demandes similaires et laisse au Gouvernement jusqu’à la mi-octobre pour apporter des « réponses concrètes ».
Le prix du gazole à la pompe, mois par mois
Les stations-service doivent déclarer leurs prix sur le site officiel prix-carburants.gouv.fr. Ces relevés sont publiés en données ouvertes par le ministère de l’Économie. En faisant la moyenne des 7 000 à 9 000 stations qui déclarent un prix du gazole chaque jour, on obtient l’évolution suivante.
| Mois | Prix moyen du gazole à la pompe (€/litre, TTC) |
|---|---|
| Août 2025 | 1,62 |
| Septembre 2025 | 1,63 |
| Janvier 2026 | 1,65 |
| Février 2026 | 1,69 |
| Mars 2026 | 2,07 |
| Avril 2026 | 2,26 |
| Juin 2026 | 1,97 |
| Août 2026 | 2,22 |
| Septembre 2026 | 2,34 |
D’août 2025 à février 2026, le prix est resté stable, entre 1,60 et 1,70 € le litre. Il a décroché début mars 2026 : 1,73 € le 2 mars, puis 2,01 € une semaine plus tard. Après un léger reflux au printemps, il est reparti à la hausse cet été et a atteint son point le plus haut le 20 septembre 2026, à 2,40 € le litre en moyenne.
Entre août 2025 et août 2026, le gazole a pris 37 % à la pompe. Sur la même période, le CNR mesure une hausse de plus de 46 % pour le transport de marchandises. Les deux chiffres sont justes, ils ne mesurent pas le même prix.
Pourquoi la hausse est plus forte pour un transporteur
Le prix à la pompe comprend la TVA et une taxe fixe par litre, la TICPE. Un transporteur ne paie pas ce prix-là. Il récupère la TVA, et les camions de plus de 7,5 tonnes ouvrent droit à un remboursement partiel de la TICPE.
C’est ce coût que suit l’indice CNR gazole professionnel : un prix hors TVA, après remboursement partiel de la TICPE, qui tient compte des achats à la pompe et en cuve. Une fois une partie des taxes fixes retirée, le prix du carburant lui-même pèse davantage dans le total. Quand ce prix monte, le pourcentage de hausse est donc plus élevé que celui affiché à la pompe.
Autrement dit, un automobiliste et un transporteur subissent la même hausse en euros par litre, mais elle représente une part plus lourde du coût du transporteur.
L’indexation gazole, au coeur du conflit
Le Code des transports impose une clause d’indexation gazole dans les contrats de transport routier : le prix de la prestation doit suivre la variation du coût du carburant. Mais les modalités de cette indexation restent à la libre négociation entre le transporteur et son client, le donneur d’ordre.
C’est là que l’OTRE situe le problème. « Des TPE et PME négocient avec de très grands donneurs d’ordre, industriels ou grands transporteurs qui sous-traitent. Cette relation est très déséquilibrée », explique Jean-Marc Rivera. En imposant les indices du CNR comme seule référence, la fédération veut retirer le calcul de la négociation.
Ce que ça change pour la supply chain
Pour un chargeur, la hausse du gazole se retrouve tôt ou tard sur la facture de transport, par la clause d’indexation ou par une renégociation des tarifs. Le budget transport construit sur un gazole à 1,65 € ne tient plus avec un gazole au-dessus de 2,30 €.

Côté acheteur transport et affréteur, la situation pose une question très concrète : accepter la hausse demandée par un transporteur, ou la contester. Elle fait partie des mises en situation classiques, comme la question « votre transporteur historique augmente de 8 %, comment réagissez-vous ? ». Savoir distinguer ce qui relève de l’indexation gazole de ce qui relève d’une hausse tarifaire est la base d’une bonne réponse.
Pour les transporteurs, tout se joue dans la part de la hausse qui est réellement répercutée. Le carburant est payé à la pompe ou à la cuve, alors que la répercussion dépend de clauses négociées client par client. C’est l’écart entre les deux que dénoncent les fédérations.
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Sources
- L’Officiel des Transporteurs, Carburant : l’OTRE appelle à la mobilisation le 21 octobre à Paris. Les revendications, le chiffre du CNR et les déclarations de Jean-Marc Rivera.
- Ministère de l’Économie, prix des carburants en France sur data.gouv.fr, et ses archives annuelles. Les prix déclarés par les stations-service.
- Comité national routier, indice CNR gazole professionnel. La définition de l’indice utilisé pour l’indexation.




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