Geodis a signé une commande ferme de 110 camions électriques de 44 tonnes, auprès de Renault Trucks et de Volvo Trucks. Pour mesurer ce que pèse cette commande, il faut la rapporter au nombre de poids lourds électriques qui roulent réellement en France.
Les chiffres officiels du parc de véhicules montrent que le poids lourd électrique reste marginal dans le transport routier de marchandises. Ils montrent aussi que les choses commencent à bouger, et à quelle vitesse.
Ce que Geodis a commandé
Le groupe de transport et de logistique a détaillé sa commande dans un communiqué :
- 110 camions électriques de 44 tonnes, de marques Renault Trucks et Volvo Trucks, livrés d’ici mai 2027.
- Des véhicules affectés aux opérations françaises de son activité Réseau routier européen, aussi bien en livraison urbaine qu’en longue distance.
- Une flotte électrique qui atteindra 190 camions dans cette activité une fois la commande livrée.
- Des corridors électriques en cours d’aménagement sur les grands axes français, pour recharger tous les 250 à 500 kilomètres.
- Environ 60 points de recharge aujourd’hui, et un objectif de plus de 200 d’ici 2030.
Marc Vollet, directeur général du Réseau routier européen de Geodis, y parle d’« un investissement majeur pour GEODIS, tant en termes de flotte que d’infrastructures ». Il rattache aussi cette commande à la stratégie de décarbonation du groupe et aux « attentes de nos clients ».
Combien de poids lourds électriques roulent en France ?
Le service statistique du ministère de la Transition écologique (SDES) recense chaque année le parc de véhicules en circulation au 1er janvier. Au 1er janvier 2026, la France comptait 614 049 poids lourds, dont 2 671 électriques. Cela représente 0,43 % du parc.
Le diesel reste ultra-dominant, avec 96,3 % des poids lourds. Le gaz (12 057 véhicules) et le biodiesel (7 556 véhicules) devancent encore largement l’électrique.
| Parc au 1er janvier | Poids lourds électriques | Part du parc |
|---|---|---|
| 2023 | 276 | 0,04 % |
| 2024 | 899 | 0,14 % |
| 2025 | 1 655 | 0,27 % |
| 2026 (provisoire) | 2 671 | 0,43 % |
Le nombre de poids lourds électriques a presque triplé entre 2024 et 2026. La part de l’électrique reste pourtant sous la barre de 0,5 %, parce que le parc total compte plus de 600 000 véhicules.
Le cas des tracteurs routiers
La progression est encore plus nette sur les tracteurs routiers, ceux qui tirent une semi-remorque sur les longues distances. On en comptait 4 électriques au 1er janvier 2023, contre 548 au 1er janvier 2026, sur un total de 220 153 tracteurs.
C’est là que la commande de Geodis prend sa vraie dimension. Si ses 110 camions de 44 tonnes sont tous des tracteurs, ils représentent l’équivalent d’un cinquième des tracteurs électriques qui roulaient en France au 1er janvier 2026. Rapportés à l’ensemble des poids lourds électriques, ils en font environ 4 %.
Pourquoi le poids lourd électrique avance lentement
Un camion diesel fait le plein dans n’importe quelle station du réseau. Un poids lourd électrique a besoin de points de recharge adaptés à sa puissance, placés là où passent ses tournées.

Le communiqué de Geodis le montre bien : pour faire rouler sa flotte, le transporteur construit lui-même ses corridors de recharge. L’investissement porte donc sur deux postes à la fois, les véhicules et l’infrastructure.
Cette double dépense est à la portée d’un grand groupe, qui peut répartir ses bornes sur un réseau d’agences et y faire passer un volume important de camions. Pour un transporteur de quelques véhicules, l’équation est beaucoup plus difficile.
L’autre moteur est la demande des clients. Les chargeurs qui doivent réduire les émissions de leur transport (le scope 3 de leur bilan carbone) commencent à l’exiger de leurs prestataires. La citation de Marc Vollet sur les « attentes de nos clients » va dans ce sens.
Ce que ça change pour la supply chain
Avec un poids lourd électrique, le plan de transport ne se construit plus seulement sur les distances, les créneaux de livraison et le taux de remplissage. Il doit aussi intégrer l’emplacement des bornes et le temps de recharge.
Une recharge tous les 250 à 500 kilomètres, c’est un arrêt à placer dans la tournée, au bon endroit et au bon moment. Ce travail revient aux exploitants et aux affréteurs, dont le métier évolue avec la flotte. Les métiers du transport intègrent progressivement ces nouvelles contraintes.
Pour les candidats, c’est aussi un sujet qui peut tomber en entretien. Savoir expliquer l’impact d’une flotte électrique sur l’organisation des tournées fait partie des questions d’entretien d’un affréteur bien préparé.
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Sources
- Geodis, communiqué sur la commande de 110 poids lourds électriques. Le détail de la commande, des corridors de recharge et la déclaration de Marc Vollet.
- SDES, parc de véhicules routiers sur data.gouv.fr. Le parc au 1er janvier par motorisation et par catégorie de véhicule. Les données au 1er janvier 2026 sont provisoires.




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