Pénurie carburant : pourquoi 1 400 stations manquent d'essence ou de gazole

Pénurie carburant : pourquoi 1 400 stations manquent d’essence ou de gazole

Le mercredi 28 octobre à midi, 1 400 stations-service manquaient d’au moins un carburant en France, soit 15,1 % du réseau, d’après les ruptures que chaque station déclare au site officiel des prix des carburants. En janvier et en février, ce taux tournait autour de 1 à 2 %.

La pénurie de carburant n’est pourtant pas générale : hors stations aux prix plafonnés de TotalEnergies, 2,5 % des stations seulement sont touchées. Voici ce que montrent les relevés, et ce qui doit changer à partir du 1er novembre.

Pénurie carburant : l’état des stations au 28 octobre

Nous avons recalculé la situation à partir de l’archive officielle publiée sur data.gouv.fr, sur les 9 288 stations qui ont affiché au moins un prix en octobre. Les ruptures déclarées depuis plus de 30 jours sont écartées : il s’agit le plus souvent d’un carburant que la station ne vend plus.

  • 555 stations sans gazole, soit 6,0 % du réseau.
  • 601 stations sans aucune essence (E10, SP95 et SP98 tous en rupture), soit 6,5 %.
  • 392 stations totalement à sec, plus aucun carburant routier à la pompe, soit 4,2 %.

Ce n’est pas un record de l’année. Le pic a eu lieu après le week-end de Pâques : 22,4 % des stations en rupture le 7 avril. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, parlait alors de stations qui ont « tendance à manquer d’essence le temps qu’on les réapprovisionne ».

Pourquoi les stations TotalEnergies se vident

Dans les relevés, 2 187 stations affichent exactement 2,25 € le litre de gazole ou 1,99 € le litre d’essence : ce sont les prix plafonnés de TotalEnergies. Ailleurs, le gazole valait en moyenne 2,42 € et l’E10 2,14 € en fin de semaine dernière. L’écart atteint donc 14 à 17 centimes par litre.

Le 28 octobre, 1 224 de ces 2 187 stations manquaient d’au moins un carburant, soit 56 %. Elles représentent 87 % des stations en rupture et 96 % des stations totalement à sec.

Le mécanisme est logistique. Une station n’a pas de gros stock : elle est livrée par camion-citerne depuis un dépôt, à un rythme calé sur ses ventes habituelles. Quand elle devient la moins chère du quartier, ses ventes montent d’un coup, et ses cuves se vident avant la livraison suivante. Les stations voisines, plus chères, gardent leurs volumes habituels et ne manquent de rien.

Le carburant ne manque donc pas à l’échelle du pays : c’est la livraison vers un réseau précis qui ne suit pas la demande.

Pénurie carburant : pourquoi 1 400 stations manquent d'essence ou de gazole
Sous la piste, les cuves de la station : quand les ventes s’emballent, elles se vident avant la livraison suivante.

Pourquoi c’est pire le dimanche et le lundi

Les ruptures suivent une courbe en dents de scie. Depuis juillet, 13,5 % des stations sont en rupture en moyenne le lundi à midi, contre 9,3 % le vendredi. Les cuves se vident pendant le week-end et se remplissent en semaine.

La règle de circulation l’explique en partie. Les poids lourds de plus de 7,5 tonnes n’ont pas le droit de rouler du samedi 22 h au dimanche 22 h, ni les jours fériés. Seules les livraisons de carburant vers les stations d’autoroute, les ports et les aéroports échappent à cette interdiction.

Le Gouvernement a levé cette interdiction pour les camions-citernes à plusieurs reprises cette année, en dernier lieu jusqu’au lundi 12 octobre à 10 h. Depuis, la règle habituelle s’applique de nouveau. Le prochain test est le week-end de la Toussaint : le 1er novembre tombe un dimanche.

En Alsace, une tension plus large

L’Alsace est le territoire le plus touché. Le 28 octobre, 95 % des stations aux prix plafonnés y étaient en rupture, mais aussi 12 % des autres stations, contre 2,5 % en moyenne nationale.

Elle est approvisionnée en majorité par les barges qui remontent le Rhin. En août, le faible niveau du fleuve réduisait déjà de 50 à 60 % le chargement des bateaux, selon Voies navigables de France, cité par France 3. Nous n’avons pas trouvé de relevé plus récent sur le niveau du fleuve.

Ce qui change à partir du 1er novembre

Le décret du 23 octobre organise la mise sur le marché de 1,6 million de mètres cubes de gazole puisés dans les stocks stratégiques, soit environ 10 millions de barils. La SAGESS, la société qui gère ces stocks pour le compte des pétroliers, les cède aux distributeurs à leur coût moyen d’acquisition, constitué avant la crise.

Les distributeurs doivent répercuter l’avantage à la pompe. Le Gouvernement estime la baisse entre 12 et 18 centimes par litre de gazole, pendant 3 mois. Les cessions courent jusqu’au 31 janvier et la SAGESS remet chaque semaine aux ministres un bilan des volumes cédés.

Pour les stations, cette baisse peut réduire les ruptures de gazole. Si les autres réseaux baissent de 12 à 18 centimes, leur gazole se rapproche des 2,25 € du plafond de TotalEnergies, et l’afflux vers ce réseau perd sa raison d’être. Pour l’essence, en revanche, le dispositif ne prévoit rien : l’écart de 15 centimes demeure.

Le détail des aides aux transporteurs et de l’indexation gazole est dans notre article sur la hausse du gazole. Pour comprendre ce que contient le prix d’un litre, voyez notre article sur la hausse du pétrole.

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Sources

  • data.gouv.fr, Prix des carburants en France : archive annuelle des prix et des ruptures déclarées par les stations, calculs de Logistique Formation.

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Valentin Pierre, ingénieur génie industriel spécialisé en logistiqueEn ligne et disponible

Valentin PIERRE

6 évaluations sur Superprof

J'écris ici ce que j'aurais voulu lire en début de carrière : les métiers, les outils et les méthodes de la supply chain tels qu'ils se pratiquent, pas tels qu'on les enseigne.

Formation : Ingénieur génie industriel (UTT)

Poste : +5 ans d'expérience en Supply Chain dans de grands groupes internationaux

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