Pénurie de sardines : pourquoi les boîtes manquent dans les rayons

Pénurie de sardines : pourquoi les boîtes manquent dans les rayons

Le 1er février 2026, le Maroc a suspendu ses exportations de sardines fraîches, réfrigérées et congelées, pour une durée d’un an au plus. Huit mois plus tard, des boîtes de sardines manquent dans les supermarchés français, de Concarneau à la Franche-Comté, au moment même où ce petit poisson n’a jamais été aussi demandé.

La pénurie de sardines ne vient pas d’une seule cause. Elle se joue à trois endroits de la chaîne : en mer, à l’usine et en rayon. Voici ce qui manque vraiment, pourquoi, et ce que l’on sait de la suite.

Pénurie de sardines : ce qui manque vraiment

Il ne s’agit pas d’une disparition totale. Dans de nombreux magasins, certaines références sont en rupture et le choix se réduit, parfois à une seule sorte, comme l’a constaté TF1 dans un supermarché de Concarneau fin septembre. En Franche-Comté, la radio ICI décrivait dès juillet des rayons où l’on trouvait du thon et du maquereau, mais plus de sardines.

Le manque se voit aussi chez les fabricants. Jacques Gonidec, à la tête de la conserverie bretonne du même nom, chiffre son déficit de production à 2 000 à 3 000 boîtes par jour, et montre à TF1 des racks de stock restés vides : « De mémoire, je n’ai jamais vu ça. »

Pénurie de sardines : pourquoi les boîtes manquent dans les rayons
Thon et maquereau en place, sardines presque introuvables : la rupture se voit d’abord en rayon.

Une demande qui a doublé chez certains fabricants

La sardine en boîte profite d’un engouement venu des réseaux sociaux, qui vantent son prix, ses protéines et ses oméga-3. Selon le panéliste NielsenIQ, cité par BFM, les volumes vendus en grande distribution ont progressé de 7,4 % sur les 18 premières semaines de 2026, après +4,8 % sur l’année 2025. Chez les moins de 35 ans, la hausse atteint 27 %.

Chez certains fabricants, l’effet est bien plus fort. Chancerelle, maison mère de Connétable, a vu la demande augmenter de 80 % à 100 % certains mois par rapport à l’an dernier. Gonidec dit avoir doublé ses ventes. Or une conserverie ne double pas sa production en quelques mois : il faut du poisson, des équipes et du temps machine.

Plus de poissons par boîte, donc moins de boîtes

C’est la contrainte la moins visible. La taille, et donc le poids, des sardines a diminué de moitié en 15 ans, selon l’Ifremer cité par BFM, sous l’effet du réchauffement des eaux sur le plancton dont elles se nourrissent.

Pour une conserverie, la conséquence est directe. Une boîte qui se remplissait avec 4 à 6 sardines en demande aujourd’hui 8, explique Chancerelle à ICI, soit « un jour et demi de travail supplémentaire par semaine ». Une grande partie de la préparation se fait poisson par poisson : à effectif égal, l’usine sort moins de boîtes avec le même tonnage.

Dans un tableau de bord, une même tonne de sardines ne vaut donc plus le même nombre de boîtes. C’est ce qui explique qu’une conserverie bretonne qui trouve encore du poisson local manque malgré tout de stock.

Le Maroc, d’où vient plus d’une sardine sur deux

En France, plus d’une sardine en boîte sur deux vient du Maroc, selon TF1. À l’échelle de l’Union européenne, 91 % des importations de produits à base de sardines venant de pays extérieurs à l’Union provenaient du Maroc en 2024, selon l’Observatoire européen des marchés des produits de la pêche (EUMOFA), cité par la RTBF.

Or la ressource marocaine a fondu. En 2025, les débarquements de sardines ont reculé de 23 % sur un an, selon le Secrétariat d’État marocain chargé de la Pêche maritime. L’Union nationale des industries de la conserve de poisson (UNICOP) les chiffre à 402 621 tonnes en 2025, contre plus de 670 000 tonnes en 2023.

C’est dans ce contexte que Rabat a suspendu les exportations de sardines non transformées au 1er février 2026, pour approvisionner d’abord son marché intérieur. La mesure vise le poisson frais, réfrigéré ou congelé, pas la conserve. Elle frappe donc surtout les conserveries européennes qui achetaient de la sardine congelée marocaine pour la mettre en boîte chez elles, en Espagne notamment, où le secteur redoutait dès janvier une désorganisation de toute la chaîne d’approvisionnement.

Les sardines déjà mises en boîte au Maroc restent exportables. La dépendance demeure, mais elle passe désormais par les conserveries marocaines, qui ont elles-mêmes du mal à s’approvisionner.

Des filets plus pleins, mais des usines qui manquent de poisson

En 2026, la pêche marocaine repart. De janvier à août, les débarquements de sardines ont bondi de 66 % sur un an, selon le Secrétariat d’État. Le niveau reste toutefois inférieur de 31 % à celui de 2022 sur la même période, et l’administration juge cette reprise « non acquise ».

Surtout, ce rebond n’arrive pas jusqu’aux boîtes. Selon l’UNICOP, les apports destinés à la conserve ont chuté de 32 %, et la part de la sardine débarquée qui part vers les usines est tombée de 30 % à 17 %. Une part croissante des captures est trop petite pour être mise en conserve.

Maroc, janvier à août 2026Sur un an
Débarquements de sardines+66 %
Apports de sardines aux conserveries−32 %
Part des débarquements envoyée à la conservede 30 % à 17 %
Sources : Secrétariat d’État chargé de la Pêche maritime et UNICOP, cités par Le360 (26 septembre 2026).

Le tonnage pêché ne dit donc pas grand-chose de l’approvisionnement réel. Ce qui compte pour une conserverie, c’est la quantité de poisson au bon calibre, disponible au bon moment. Une même chaîne peut manquer de matière première avec des filets pleins.

Y aura-t-il plus de sardines dans les magasins ?

Personne ne s’engage sur une date. Trois éléments permettent seulement de suivre la situation :

  • La fin de la suspension marocaine : prévue pour un an au plus, elle doit s’achever au plus tard fin janvier 2027. Le Secrétariat d’État la présente comme temporaire, et aucune annonce de levée anticipée n’a été relevée au 7 novembre.
  • La taille du poisson : dans les eaux françaises, l’Ifremer observe la baisse depuis plus de 10 ans, de 19 à 15 cm en moyenne, et la relie notamment à un plancton plus petit. C’est une tendance de fond, pas un accident de saison : les conserveries doivent s’organiser pour mettre durablement plus de poissons dans chaque boîte.
  • La demande : si l’engouement retombe, la tension en rayon peut se relâcher sans que l’offre ait changé.

Entre-temps, chaque fabricant compose avec ses propres sources : pêche locale en Bretagne et en Vendée, usines au Maroc, achats dans d’autres pays. Pour les distributeurs, c’est un cas d’école de réapprovisionnement sous contrainte, où le fournisseur alloue ses volumes entre ses clients. Le fonctionnement d’un réapprovisionnement piloté par le fournisseur est détaillé dans l’article sur la gestion partagée des approvisionnements. Le mécanisme d’une rupture en bout de chaîne, quand la demande s’emballe plus vite que les livraisons, est aussi au cœur de l’article sur la pénurie de carburant.

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Sources

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Valentin Pierre, ingénieur génie industriel spécialisé en logistiqueEn ligne et disponible

Valentin PIERRE

6 évaluations sur Superprof

J'écris ici ce que j'aurais voulu lire en début de carrière : les métiers, les outils et les méthodes de la supply chain tels qu'ils se pratiquent, pas tels qu'on les enseigne.

Formation : Ingénieur génie industriel (UTT)

Poste : +5 ans d'expérience en Supply Chain dans de grands groupes internationaux

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