Tu passes un entretien pour un poste d’affréteur et tu ne sais pas trop à quoi t’attendre ? C’est normal : c’est l’un des métiers de la supply chain les plus techniques, et les recruteurs le savent.
Ils ne vont pas te poser des questions génériques sur ta « valeur ajoutée » ou tes « axes d’amélioration ». Ils vont tester si tu connais vraiment le terrain.
J’ai vu des dizaines de candidats passer des entretiens en logistique et transport. Voici les questions d’entretien affréteur qui reviennent systématiquement, ce que le recruteur cherche derrière chacune, et comment y répondre sans te planter. Et si tu vises plutôt un poste d’encadrement, j’ai fait le même exercice pour l’entretien de responsable logistique.
Fort d’une formation d’ingénieur en génie industriel, j’ai piloté des flux logistiques pendant cinq ans et plus dans différents grands groupes du secteur avant de devenir formateur en supply chain. Ce que j’écris ici reflète mes propres recherches et ma propre expérience. N’hésitez pas à réagir en commentaire. Rejoignez-moi sur LinkedIn.
Sommaire
Ce que le recruteur évalue vraiment
Avant d’entrer dans les questions, comprends la logique de l’entretien. Un affréteur, c’est quelqu’un qui doit :
- Négocier vite et bien avec des transporteurs sous pression
- Gérer les imprévus sans paniquer : retards, avaries, ruptures de charge
- Maîtriser la réglementation : Incoterms, CMR, responsabilités juridiques
- Piloter des coûts dans un contexte où chaque euro sur le fret compte
Le recruteur cherche à vérifier ces quatre dimensions. Presque toutes les questions que tu vas rencontrer rentrent dans l’une de ces cases.

Les questions d’entretien affréteur incontournables
« Qu’est-ce qu’un Incoterm ? Citez-en deux et expliquez la différence. »
C’est la question filtre numéro un. Si tu ne maîtrises pas les Incoterms, tu n’es pas affréteur.
Ce qu’on attend : Les Incoterms (International Commercial Terms) définissent la répartition des responsabilités et des coûts entre vendeur et acheteur dans un transport international. Il en existe 11 dans la version 2020.
La distinction la plus attendue est : EXW vs DDP.
- EXW (Ex Works) : le vendeur met la marchandise à disposition dans ses locaux. L’acheteur prend en charge absolument tout dès le départ : chargement, transport, dédouanement, livraison. Maximum de responsabilité côté acheteur.
- DDP (Delivered Duty Paid) : le vendeur livre la marchandise dédouanée à destination. Maximum de responsabilité côté vendeur.
Entre les deux, tout le reste : FOB, CIF, DAP, etc. Ils donnent une répartition intermédiaire du risque et des coûts.
Autre paire souvent demandée : FOB vs CIF sur le maritime.
Avec FOB, le vendeur prend en charge jusqu’au passage de la marchandise à bord du navire. Avec CIF, il prend aussi en charge le fret maritime et l’assurance jusqu’au port de destination.
« Qu’est-ce que la lettre de voiture CMR ? »
Ce qu’on attend : La CMR (Convention relative au Contrat de Transport International de Marchandises par Route) est le document contractuel du transport routier international.
Elle définit les obligations du transporteur, les conditions de responsabilité en cas de perte ou d’avarie, et les délais de réclamation.
Ce que le recruteur veut entendre en plus : que tu sais comment l’utiliser en cas de litige. En pratique, si la marchandise arrive endommagée, les réserves doivent être émises sur la CMR à la livraison, sinon, les recours sont très limités. C’est ce genre de détail terrain qui fait la différence.
« Comment calcules-tu le coût d’un transport ? »
Ce qu’on attend : Montrer que tu sais décomposer un prix de transport.
Les principaux composants :
- Le taux de fret de base (au km, à la tonne, au mètre linéaire ou au volume selon le mode)
- Les surcharges carburant (gazole professionnel : elles peuvent représenter 15 à 25% du fret de base)
- Les taxes d’accès (péages, redevances portuaires, frais de terminal)
- Les frais annexes : manutention, livraison sur rendez-vous, livraison étage, hayon
Un bon affréteur sait aussi lire un indice de gazole et comprendre comment la surcharge est indexée.
Si tu connais l’indice CNR (Comité National Routier), mentionne-le car c’est la référence française pour les coûts du transport routier.
Enfin, pour suivre la performance d’un transporteur, nous utilisons le taux de service transport (OTD – On-Time Delivery).
« Quelle est la différence entre un affréteur et un commissionnaire de transport ? »
Ce qu’on attend : C’est une question juridique que beaucoup de candidats esquivent. Ne le fais pas.
- L’affréteur conclut un contrat d’affrètement. Il loue tout ou partie d’un véhicule. Sa responsabilité est celle d’un donneur d’ordre.
- Le commissionnaire de transport agit en son nom propre mais pour le compte d’autrui. Il est contractuellement responsable de la bonne exécution du transport vis-à-vis du client, même s’il sous-traite à un transporteur. C’est une responsabilité de plein droit qui est beaucoup plus engageante.
La plupart des postes en France mélangent les deux casquettes. Savoir les distinguer montre que tu comprends ce que tu signes. Pour approfondir les responsabilités contractuelles, consulte notre guide sur le droit du transport.
Les questions sur la gestion des imprévus
« Un transporteur ne se présente pas au chargement. Que faites-vous ? »
C’est une situation qui arrive régulièrement lorsque tu seras en poste. Ce que le recruteur cherche : est-ce que tu gardes ton calme, est-ce que tu as un plan B, et est-ce que tu documentes.
Structure de réponse attendue :
- Appel immédiat au transporteur pour comprendre la situation : Y’a t-il eu une panne, un acte de vandalisme, un embouteillage, une erreur de destination ?
- Évaluation de l’urgence : est-ce que le chargement peut attendre ? Y a-t-il une contrainte horaire client ?
- Activation d’une solution de secours : transporteur de remplacement dans ta base, affrètement spot sur une bourse de fret (TimoCom, Teleroute, etc.)
- Communication proactive au client et à l’expéditeur : ne jamais les laisser découvrir seuls le problème
- Traçabilité : noter l’incident, conserver les preuves pour un éventuel recours commercial et réclamer des indemnités financières.
« Comment gérez-vous un litige suite à une avarie marchandise ? »
Ce qu’on attend :
- Vérification des réserves émises à la livraison sur la CMR (condition sine qua non pour tout recours)
- Ouverture d’un dossier de litige avec photos, bon de livraison, facture de la marchandise
- Mise en demeure du transporteur dans les délais légaux (21 jours pour les avaries non apparentes en transport routier national)
- Si besoin, recours à l’expert d’assurance
Le recruteur veut voir que tu connais la procédure et pas juste que tu « contacterais le transporteur ».
Les questions sur la négociation et les outils
« Comment négociez-vous vos tarifs avec les transporteurs ? »
Ce qu’on attend : Pas de réponse théorique ici. Le recruteur veut du concret.
Les éléments que tu dois mentionner :
- Le volume confié : ta capacité à garantir du flux régulier est ton levier principal
- La régularité des chargements : des départs fixes valent mieux que du spot imprévisible pour le transporteur (éviter les retours à vide)
- La mise en concurrence : savoir comparer plusieurs devis sur des trajets comparables
- L’indexation carburant : ne pas laisser les surcharges évoluer librement, il faut essayer de les négocier à l’avance dans le contrat
Et si tu as utilisé une bourse de fret (TimoCom, Teleroute) ou un TMS pour piloter les appels d’offres transport, cite-le car c’est un vrai élément différenciateur.
« Quels outils utilisez-vous au quotidien ? »
Les réponses attendues varient selon l’entreprise, mais les incontournables :
- TMS (Transport Management System) : Generix, Shiptify, Colis Privé TMS, ou les modules transport des ERP (SAP TM, Oracle TM).
Petit tips : La Transaction MB5T (SAP) te permet de voir le stock en transit détaillé.
- Bourses de fret : TimoCom, Teleroute
- Excel : encore très présent pour les reportings de coûts, le suivi des KPIs fret
- EDI : échanges de données avec les transporteurs (avis d’expédition, confirmation de livraison)
Si tu n’as pas encore d’expérience sur ces outils, sois honnête mais montre que tu as compris à quoi ils servent.
Les questions sur ta motivation et ton parcours
« Pourquoi vouloir travailler dans l’affrètement ? »
Évite les réponses généralistes (« j’aime le contact », « j’aime résoudre des problèmes »). Ce qui fonctionne : une réponse ancrée dans une expérience ou une compétence spécifique.
Par exemple : tu as travaillé sur des flux transport dans un poste précédent et tu as découvert que la partie négociation et gestion des aléas était ce qui t’animait le plus. Ou tu as une sensibilité aux enjeux de coûts logistiques et tu vois l’affrètement comme le levier le plus direct pour agir dessus.
« Quelles sont vos prétentions salariales ? »
Avant l’entretien, renseigne-toi sur les fourchettes du marché.
Pour un affréteur débutant en France, la fourchette se situe généralement entre 28 000 et 35 000 € brut annuel.
Avec 3 à 5 ans d’expérience, elle monte entre 35 000 et 45 000 €, selon la spécialisation (international, matières dangereuses, grand-gabarit).
Ne donne pas un chiffre sans avoir une justification et appuie-toi sur ton expérience, ta maîtrise des outils, ou une spécialisation.
Les erreurs qui font rater l’entretien
- Confondre Incoterms et modes de transport : les Incoterms s’appliquent à tous les modes, pas uniquement au maritime.
- Ne pas connaître le CMR : c’est la base du transport routier international. Pas négociable.
- Donner des réponses floues sur la gestion des litiges : « je contacte le transporteur » n’est pas une réponse suffisante.
- Surestimer son niveau sur les outils : si tu n’as jamais utilisé un TMS, dis-le clairement et montre que tu comprends l’intérêt.
- Oublier de poser des questions : à la fin de l’entretien, pose des questions sur les volumes traités, les modes de transport majoritaires, les outils utilisés. Ça montre que tu te projettes réellement dans le poste.
Tu prépares un entretien affréteur dans les prochaines semaines et tu veux t’entraîner sur les questions techniques ?
Je propose des sessions de préparation en visioconférence. Voir mon profil Superprof pour en savoir plus.
Valentin Pierre : Ingénieur Génie Industriel, 5 ans d’expérience en supply chain internationale (Pierre-Fabre, Nestlé/Herta, Mondelēz). Je partage ici ce que j’aurais aimé savoir plus tôt dans ma carrière.





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